Nous pouvons répondre à la crise climatique tout en construisant une meilleure ville

En avril 2019, la Ville d'Ottawa a déclaré l'état d'urgence climatique. Il s'agit d'une décision historique qui témoigne de l'engagement exprimé par le conseil municipal à réduire les émissions dans notre ville et à faire notre juste part en réponse à la crise climatique mondiale.

La déclaration d'urgence climatique a constitué un important pas en avantElle contenait des éléments politiques importants tels que des dépenses supplémentaires, une révision à la hausse des objectifs climatiques et l'ajout d'une optique d'équité aux analyses des impacts climatiques locaux. Mais elle a également souligné l'importance d'une action accélérée à l'échelle de la ville, et la nécessité d'une politique ambitieuse pour y parvenir.

Selon le Plan directeur sur les changements climatiques de la ville, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir. Le graphique ci-dessous montre les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de la collectivité, notamment l'ancien objectif de 80 % par rapport aux niveaux de 2012 (généralement compatible avec un réchauffement planétaire de 2 degrés supérieurs aux niveaux préindustriels) et le nouvel objectif de 100 p.c. par rapport aux niveaux de 2012 (généralement compatible avec un réchauffement planétaire de 1,5 degré supérieurs aux niveaux préindustriels).


Progrès dans la réalisation des objectifs communautaires de réduction des émissions de gaz à effet de serre
(Ville d'Ottawa, Plan directeur sur les changements climatiques, 2019)

Le graphique ci-dessus montre que si nous avons progressé dans la réduction des émissions à l'échelle de la ville (ou de la "collectivité"), des mesures plus radicales sont nécessaires pour décarboniser la ville d'ici au milieu du siècle. Le graphique ne dit pas non plus ce qui se cache derrière les réductions d'émissions que notre ville a connues jusqu'à présent. À ce jour, les réductions d'émissions sont en grande partie le produit des politiques provinciales plus que municipales. La baisse des émissions d'Ottawa entre 2012 et 2018 témoigne du succès de la politique climatique provinciale en matière d'élimination progressive du charbon (2012-2014). Cette politique - la plus grande mesure de réduction des gaz à effet de serre de l'histoire de l'Amérique du Nord - a permis de réduire considérablement les émissions des bâtiments de notre ville.

Aujourd'hui, pour atteindre nos objectifs, nous devons aller plus loin et plus vite. Selon les Nations Unies, la prochaine décennie sera particulièrement importante pour déterminer le succès mondial dans la limitation de la catastrophe climatique qui accompagne un réchauffement de 2 degrés.

Au niveau local, nous savons que le succès dépendra en grande partie de la lutte contre deux sources majeures d'émissions : les bâtiments et les transports. Le terme "bâtiments" désigne la manière dont nous chauffons, refroidissons et électrifions nos maisons, bureaux et autres structures dans notre ville. Les "transports" renvoient à la façon dont nous nous déplaçons au sein de la ville mais aussi à l'extérieur, y compris les déplacements en voiture, les livraisons par camion et d'autres modes de transport tels que l'avion et le train. Collectivement, ces sources représentent 89 % des émissions de notre ville, comme indiqué ci-dessous. 


Émissions de gaz à effet de serre de la collectivité par secteur en 2018
(Ville d'Ottawa, Plan directeur sur les changements climatiques, 2019)

Quel est le rôle des villes en réponse à cette crise mondiale ? À Écologie Ottawa et au Plan officiel du Peuple, nous savons que nous ne pouvons pas créer un pays et une planète plus verts sans construire des villes plus vertes. Une partie importante de cet effort consiste à s'attaquer à la crise climatique. Après tout, 80 % des Canadiens vivent dans des villes, et les gouvernements municipaux ont un contrôle direct ou indirect sur près de la moitié des émissions produites au Canada. Les villes sont donc des vecteurs essentiels de l'action climatique si nous voulons faire notre juste part dans cette lutte mondiale. Une ville comme Ottawa - relativement riche et hautement instruite, sans réelles émissions industrielles majeures - a l'opportunité et l'obligation de montrer la voie.

Pourquoi se concentrer sur l'étalement urbain ?

Les liens entre l'étalement urbain et le changement climatique sont bien documentés dans les villes et les régions du monde entier, mais c'est peut-être l'ancienne commissaire à l'environnement de l'Ontario, Mme Dianne Saxe, qui les résume le mieux dans le contexte d'Ottawa. Mme Saxe a qualifié l'étalement urbain de "sables bitumineux de l'Ontario " : il s'agit du principal facteur d'émissions de gaz à effet de serre de la province, il entraîne un vaste éventail d'autres coûts environnementaux et il est lié à un réseau complexe d'intérêts politiques et financiers qui profitent du statu quo.

Une expansion de l'étalement urbain signifie que les gens doivent se déplacer plus loin, souvent en voiture, pour se rendre au travail et aux services de base. Il se traduit également par des modes d'habitation plus consommateurs de carbone, avec des maisons individuelles énergivores qui dominent au lieu de formes plus compactes. En Ontario (la région de Toronto est illustrée ci-dessous), le lien est évident entre la pollution climatique et la forme urbaine, les collectivités denses et faciles d’accès à pied enregistrant les plus faibles niveaux d'émissions.


Émissions annuelles de gaz à effet de serre résidentielles par habitant dans la région de Toronto(Environmental Commissioner of Ontario, A Healthy, Happy, Prosperous Ontario: Why we Need More Energy Conservation, 2019)

Outre le pouvoir de l'étalement urbain de déterminer l'empreinte carbone d'une ville, il y a une autre raison de le considérer comme un point d'attention important pour les villes : il est largement sous le contrôle des villes elles-mêmes. Bien que la tarification du carbone soit souvent présentée comme l'un des outils les plus puissants pour lutter contre le changement climatique, les villes canadiennes n'ont pas le pouvoir d'adopter une politique de la sorte. Nous devons plutôt continuer à exhorter les décideurs fédéraux et provinciaux à augmenter rapidement la tarification du carbone, d'autant plus que de nombreuses estimations faites des modèles climatiques de la Ville d'Ottawa reposent sur la tarification du carbone pour réussir.

Mais les villes ont un pouvoir considérable sur leur configuration urbaine. Et à cet égard, Ottawa est un cas exceptionnel. Contrairement à de nombreuses villes dans le monde, Ottawa possède également de vastes zones de terres rurales à l'intérieur de ses frontières. Il s'agit d'un défi et d'une occasion à saisir : le défi consiste à résister à la tentation d'aménager des terrains vierges, où les coûts sont faibles, les marges bénéficiaires élevées et les intérêts particuliers importants, avec des millions de dollars en jeu. L'opportunité est de construire une ville qui protège des espaces verts intacts et dynamiques, et qui donne la priorité à la sécurité alimentaire locale comme élément clé de la construction d'une ville résiliente. Au sein de la zone urbaine, nous devons nous efforcer de construire des quartiers animés, praticables à pied comme à vélo, reliés par des transports publics de catégorie internationale.

 

Le contraire de l'étalement urbain : Des quartiers à 15 minutes

À bien des égards, le concept de "quartiers à 15 minutes" est le contraire de l'étalement urbain : une façon de penser à l'avenir que nous voulons sans danger pour le climat et au type de politique urbaine dont nous avons besoin pour y parvenir. Alors que l'étalement urbain s'accompagne d'une multitude de coûts considérables, son contraire est attrayant en raison des nombreuses possibilités qu'il offre pour la création de collectivités et la viabilité urbaine. Et tout comme l'étalement urbain est traditionnellement défini comme une combinaison de faible densité, d'aménagements à usage unique et de dépendance à la voiture, nous pouvons progresser vers des quartiers à 15 minutes en renforçant la densité, en augmentant le dynamisme de nos quartiers et en réduisant la dépendance à la voiture. Pour être clair, nous ne suggérons pas qu'Ottawa devienne une mégalopole, avec des problèmes de circulation toujours plus importants et peu ou pas d'espaces verts. Il y a un juste milieu, et les résidents d'Ottawa doivent se réunir pour déterminer en quoi constitue ce juste milieu. Nous examinons ci-dessous ce qu'il faut faire dans chacun de ces domaines pour qu'Ottawa devienne un leader en matière de climat.

Plus de densité

En ce qui concerne les villes et le changement climatique, il existe un lien clair et largement observé : plus la ville est dense, plus la pollution causée par le carbone est faible. La densité est un outil puissant dans la lutte contre le changement climatique, mais cela ne se fait pas en un tour de main. Il faut une politique ambitieuse et, à la base de celle-ci, le soutien de la collectivité pour des quartiers plus animés et dynamiques. De plus, la densité seule n'est pas une solution miracle ; elle doit être associée à des politiques intelligentes qui renforcent, plutôt que dégradent, la vitalité de nos quartiers. Nous savons à quoi peut ressembler une mauvaise densité, et nous savons qu'elle n'est pas du tout positive.

Des collectivités plus vivantes

Pour rendre notre ville plus piétonne, nous devons changer notre approche de la conception des collectivités. Nous ne pouvons plus nous permettre de suivre l'idéal des années 1950, à savoir de vastes étendues de logements séparés des commodités de base comme les parcs, les écoles et les épiceries. Nous devons nous opposer aux magasins à grande surface, aux centres commerciaux linéaires et aux vastes stationnements qui dégradent les conditions d'habitation tout en nuisant à notre environnement. La solution consiste à intégrer une gamme de types de projets d'aménagement dans les quartiers d'Ottawa, tout en incorporant un dense couvert forestier et d'autres infrastructures vertes. Ce faisant, nous pouvons changer le statu quo en matière d'urbanisme tout en construisant une meilleure ville.

Nous continuons à travailler en collaboration avec Walkable Ottawa pour réaliser notre vision de transition vers des quartiers à 15 minutes au cours des prochaines décennies, dans le but de bâtir une ville meilleure et plus facile à parcourir à pied.

Plus de choix en matière de transports

À l'instar d'autres villes dans le monde, Ottawa a vu la priorité accordée aux voitures au détriment des piétons et des cyclistes au cours des dernières décennies. Et bien que nous nous efforcions de faire mieux, nous voyons encore de nouvelles collectivités privées commodités de base et d'un réseau de transports en commun fiable. Une meilleure solution existe, mais nous devons nous attaquer de front à la dépendance à la voiture. Nous devons donner aux Ottaviens et Ottaviennes plus de choix dans leurs options de transport, et plus de raisons de choisir des alternatives de transport saines et durables comme le transport actif et le transport en commun.

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