Récemment, une demande de renseignements concernant la sécurité des virages à droite au feu rouge (VDFR) a été présentée au Comité de l'infrastructure et des services publiques d’Ottawa par la conseillère Ariel Troster. Le personnel municipal d’Ottawa a répondu à cette demande en affirmant que le VDFR était en réalité plus sécuritaire pour les piétons. Mais cela pourrait-il être vrai ? Une simple promenade dans n’importe quel quartier d’une municipalité autorisant le VDFR suggérerait le contraire. Nous avons examiné les données de plus près.

Le chauffeur virant à droite au feu rouge, et qui regarde à gauche pour voir la circulation, verra -t-il les piétons ou cyclistes qui entrent dans l’intersection sur un feu vert, de la droite?
Source: Listgarten, 2022
Quels sont donc les problèmes liés aux VDFR ? Les conducteurs ont tendance à adopter plusieurs comportements principaux face aux VDFR. Tout d’abord, ils dépassent souvent la ligne d’arrêt désignée et s’engagent sur le passage piéton, exposant ainsi les usagers vulnérables à un risque de collision. Ce problème touche particulièrement les piétons ou les cyclistes venant de la droite, car les conducteurs regardent souvent vers la gauche pour vérifier la circulation en sens inverse.
Un autre problème réside dans le fait que les automobilistes s’engagent petit à petit dans le carrefour et attendent sur le passage piéton qu’une brèche se forme dans le flux de circulation venant en sens inverse. Cela oblige les piétons à marcher devant les véhicules et à s’engager dans le carrefour, où ils risquent d’être percutés par des véhicules venant en sens inverse.
De nombreuses études ont évalué la sécurité du VDFR. Toronto Public Health a signalé que 1 300 blessés et décès de piétons dus au VDFR entre 2008 et 2012 se sont produits alors que les conducteurs tournaient à droite et que les piétons avaient la priorité. Une autre étude a révélé qu’aux carrefours où le VDFR est autorisé, le risque de collision est nettement plus élevé pour tous les virages à droite : 60 % impliquant des piétons et 100 % impliquant des cyclistes.

Source : Écologie Ottawa
Une étude menée en Californie a révélé que 39 000 collisions et 217 décès s’étaient produits lors de virages à droite en Californie entre 2011 et 2022 ; les auteurs ont déclaré que cela « nous amène à conclure que les manœuvres de virage à droite au feu rouge (VDFR) sont généralement dangereuses pour les piétons, les cyclistes et les conducteurs, et nuisent à la qualité de vie dans les rues pour les usagers vulnérables de la route ».
Enfin, une étude de 1981, réalisée peu après l’autorisation des virages à droite au feu rouge (VDFR) aux États-Unis, a mis en évidence une augmentation significative des collisions impliquant à la fois des piétons et des cyclistes. Les auteurs ont également noté que « la majorité de ces accidents liés aux VDFR impliquaient un conducteur qui regardait vers la gauche pour repérer une brèche dans la circulation et qui heurtait un piéton ou un cycliste venant de sa droite ».

Sur la gauche, accidents piétonniers par année lorsqu’un véhicule vire à droite à un endroit avec signalisation
Sur la gauche, accidents de cyclistes par année lorsqu’un véhicule vire à droite à un endroit avec signalisation
Source : Presseur et al. (1981)
La collecte de données sur les « quasi-accidents » est difficile, car ceux-ci ne sont pas enregistrés. De ce fait, la plupart des études sur la sécurité des VDFR ne les prennent pas en compte. Comme nous le verrons plus en détail par la suite, les quasi-accidents peuvent dissuader les usagers d’opter pour certains modes de transport, comme le vélo et la marche. Selon une étude de la CAA, environ la moitié des cyclistes et des piétons ont déclaré avoir été impliqués dans un « accident évité de justesse » lors d’un virage à droite, bien que cette étude ne fasse pas la distinction entre les accidents évités de justesse survenant lors d’un VDFR et ceux survenant lors d’un virage à droite en général.
Les partisans du VDFR avancent plusieurs arguments. L’un d’entre eux est que le VDFR réduit les émissions des véhicules, puisque ceux-ci passent moins de temps à l’arrêt aux carrefours. Des études montrent que les réductions d’émissions résultant de l’adoption de politiques de VDFR sont, au mieux, marginales et dépendent d’un certain nombre de facteurs tels que la configuration du carrefour et la circulation piétonne. De plus, ces réductions d’émissions diminuent à mesure que les véhicules deviennent plus économes en carburant, grâce à des dispositifs tels que les systèmes arrêt-démarrage qui permettent de couper le moteur à l’arrêt, et avec le déploiement des véhicules électriques*.
Cela ne tient pas non plus compte du fait que rendre les espaces plus dangereux pour les piétons et les cyclistes encourage l’utilisation des véhicules. À long terme, toute réduction marginale des émissions résultant de l’autorisation du VDFR est largement annulée par l’augmentation de l’utilisation des véhicules par les personnes qui choisissent de conduire plutôt que de marcher ou de faire du vélo.
Cela ne tient pas non plus compte du fait que rendre les espaces plus dangereux pour les piétons et les cyclistes encourage l’utilisation des véhicules. À long terme, toute réduction marginale des émissions résultant de l’autorisation du VDFR est largement annulée par l’augmentation de l’utilisation des véhicules par les personnes qui choisissent de conduire plutôt que de marcher ou de faire du vélo.
Un argument avancé par les services municipaux d’Ottawa est que l’interdiction de des virages à droite au feu rouge (VDFR) provoquera de la frustration chez les conducteurs, qui ne respecteront de toute façon pas cette interdiction. Outre les graves problèmes que soulève cet argument — faut-il récompenser les comportements dangereux au volant ? —, les données ne viennent pas appuyer cette thèse. À San Francisco, lorsque les VDFR ont été interdits à 50 carrefours dans le cadre d’une étude pilote, le taux de respect de la règle s’est élevé à 92 %. Cela s’est également traduit par une réduction significative des quasi-accidents et des véhicules obstruant les passages piétons. Cet argument est extrêmement problématique, car céder face à des personnes refusant de respecter les lois mises en place pour assurer la sécurité des usagers vulnérables de la route ne fera qu’aggraver les problèmes de sécurité. Aucune loi ne sera jamais respectée à 100 %.
Les services municipaux d’Ottawa font également valoir que, si l’interdiction de VDFR peut réduire le nombre de collisions à un passage piéton, elle risque d’augmenter les collisions au passage piéton adjacent dans la direction opposée. Le personnel municipal affirme que cela entraînera une augmentation de l’agressivité aux carrefours à forte circulation, car les conducteurs devront attendre plus longtemps pour tourner. Le problème avec cet argument est que, contrairement à un VDFR où le conducteur regarde vers la gauche, les conducteurs regarderont directement les piétons qui traversent devant eux. De plus, il suffit d’examiner les données qui, comme nous l’avons vu précédemment, montrent clairement que l’autorisation du VDFR augmente le nombre de collisions avec les usagers vulnérables de la route.
Source: Wall Bike Cupertino
Enfin, les services municipaux soulèvent le problème suivant : l’interdiction des VDFR augmenterait le nombre de collisions par « coup de coude à droite » – illustrées ci-dessous – aux carrefours dotés de pistes cyclables. Leur raisonnement est qu’il y aura davantage de véhicules tournant à droite au feu vert, alors que les cyclistes traversent le carrefour. Si les services municipaux estiment que c’est le cas, la solution ne devrait-elle pas consister à concevoir des carrefours protégés pour éviter cela ? La Ville d’Ottawa a préparé une vidéo utile à ce sujet.
Que pouvons-nous donc faire à ce sujet ? Écologie Ottawa a lancé une pétition, qui a recueilli plus de 800 signatures, et qui formule plusieurs recommandations sur la manière dont nous devrions procéder :
- Interdire aux véhicules de tourner (à droite comme à gauche) au feu rouge à tous les carrefours du centre-ville — de l’autoroute 417 à la rivière des Outaouais et de Bronson à Elgin.
- Recueillir des données relatives aux virages au feu rouge, tant au centre-ville, afin de suivre les améliorations suite à une telle interdiction, qu’en dehors du centre-ville, afin d’évaluer la nécessité de mises en place d’interdictions similaires ailleurs à Ottawa
- Interdire par défaut les virages au feu rouge à tous les carrefours protégés
Si vous souhaitez contribuer à la sécurité des usagers vulnérables de la route, contactez votre conseiller municipal et faites-lui savoir que vous soutenez l’interdiction des virages au feu rouge au centre-ville. Écologie Ottawa a préparé un guide pour vous aider dans cette démarche. Veuillez également signer notre pétition.
* Un autre aspect à prendre en compte concernant les véhicules électriques est la gravité accrue des collisions due à leur poids plus important, causé par la batterie.